• En quête à Voisinlieu Épisode 4

      En quête à Voisinlieu
    Épisode 4

    Une jeune femme qu’il ne connaît pas apparaît dans l’embrasure de la porte.
    - Je vous prie de m’excuser, je me suis trompé de porte. je ne suis pas venu dans le quartier depuis plusieurs années, et puis… l’obscurité…
    - Ce n’est rien, est-ce que je peux vous aider, j’habite ici depuis près de quinze ans.
    Il allait poursuivre son chemin mais s’arrête. Non ! Il ne se trompe pas. La personne qui lui parle, a la même silhouette que Rosa quand il vivait avec elle.
    - Vous dîtes quinze ans ?
    - Disons treize, oui, dans cette maison,
    - Vous êtes Sophie, alors ?
    - Peut-être, mais vous, qui êtes vous ?

    - Un ami de Rosa. Je voulais la revoir. Est-ce possible ?
    - Si vous ne me dites pas qui vous êtes, certainement pas !
    - Ne criez pas, quelqu’un arrive, ouvrez-moi s’il vous plaît !
    - Je suis Michel, ajouta-t-il à mi-voix.
    Sophie s’avance rapidement, ouvre la barrière qu’elle referme aussitôt, échange quelques mots avec Abel qui, comme chaque
    soir, va à « La Chope » acheter les cigarettes du lendemain et un « bingo ». Michel leur tourne le dos dans la pénombre et attend. La jeune femme le précède dans la maison.La dernière fois qu’il était venu à Beauvais pour les obsèques de son père, Rosa l’avait rejoint à l’issue de la cérémonie.

    « As-tu le temps de venir chez moi, j’ai une surprise à te faire » Il avait accepté et avait alors découvert qu’elle avait quitté le logement de la rue du Morvan pour revenir dans le quartier où ils avaient vécu enfants. Rosa louait la maison qu’il avait habitée avec ses parents quand ceux-ci avaient dû quitter Aubervillers et l’entreprise familiale pour devenir l’un
    contremaître et l’autre comptable chez Dupont. Il n’avait pas vu Sophie ce jour-là, elle était au collège…Il l’avait croisée avec sa mère quelques années auparavant quand il était venu à la fête à carottes. La fillette avait à peine une dizaine d’années. Il fait un rapide calcul : la jeune femme a aujourd’hui vingt sept ans. « Aussi jolie que sa mère », pense-til. Même chevelure brune qui encadre un visage aux traits fins, même regard plein de douceur, même yeux bleus, même fossettes qui élargissent le sourire, même lèvres fines.
    Elle porte une robe noire dont le décolleté laisse entrevoir deux jolis seins. Il sourit en se demandant si, elle aussi, a une tache de rousseur sur la cuisse gauche.
    - Maman rentrera du travail vers vingt et une heures. Vous pouvez l’attendre. Asseyez-vous. Voulez vous boire quelque chose? Elle m’a parlé de vous avant-hier. Elle se demandait si vous étiez…
    - Sorti de taule, oui, libéré la semaine dernière avec un petit
    pécule pour avoir emballé des tubes de dentifrice pendant des heures pour un salaire de misère.
    - …
    - Pas une journée de réduction de peine…avec la préventive, cinq ans, tout juste…
    - …
    - Aujourd’hui, je veux comprendre… mais je ne vais pas vous embêter avec ça.
    Même si le décor a été bouleversé, Michel se sent bien dans la petite cuisine de son enfance. Il revoit la cuisinière face à la porte d’entrée, l’évier à gauche de celle-ci, face à la fenêtre le buffet en formica bleu ; au milieu la table, deux chaises et deux tabourets. Depuis plusieurs minutes, Sophie et Michel
    ne parlent plus. Chacun craint sans doute de déranger l’autre. Que sous-entend-il par « je veux comprendre » ? Lui cherche maintenant comment partir :
    - Merci, je dors au café des promeneurs, j’y ai dîné. Il me faut
    rentrer avant la fermeture à vingt et une heures. Pensez-vous que jepuisse voir votre mère demain ?
    - Je suis sûre que cela lui fera plaisir.
    Je vous conseille de venir avant neuf heures. C’est mercredi.
    Souvent, elle va au marché et en profite pour faire quelques courses.
    Je la préviendrai.
    Michel regagne discrètement sa chambre. Il s’allonge sur le lit mais ne trouve pas le sommeil. Pourquoi Rosa avait-elle refusé, en 1983, de le suivre à Drancy où D.B.A le mutait? Sa mère reprochait souvent à son père leur installation à Beauvais. Il n’avait pas dix sept ans quand elle est décédée. Asthme, Emphysème, état dépressif, avaient dit les médecins... « Tout ça, ça l’a tué », avait lâché le père, énigmatique. Dès sa retraite, celui-ci l’avait rejoint à Bobigny.
    Michel finit par s’endormir. Dès huit heures, il prend son petit déjeuner dans la salle quasi déserte. Il doit laisser passer une twingo avant de s’engouffrer dans le sentier de la place :
    Sophie lui fait un petit signe de la main. A peine a-t-il sonné que Rosa apparaît à la porte, lui fait signe d’entrer et lui demande de tirer le verrou du portail. Elle a refermé la porte et se tient, face à lui, dans l’étroite entrée envahie par l’odeur de
    café. Elle la redécouvre très belle dans son peignoir marron clair. Il se penche vers elle. Ils échangent un long baiser.
    En passant devant la cuisine derrière Rosa, Michel aperçoit deux tasses et le sucrier sur la table…
    Où Rosa le conduit-elle ? vous le saurez en découvrant dans « La Voix d’un Lieu » N°3 le prochain épisode de...(tra la la la tra lala ...)
    Claude Aury

     

     
         
          La voix d’un lieu 
    Revue de l’atelier d’écriture de « Voisinlieu pour tous »
    http://www.voisinlieupourtous.net
    N°02 – Janvier 2012
    « Le meilleur des carnets de Jules HostouleyBulletin Météo du 16 juin 2012 »

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