• Le meilleur des carnets de Jules Hostouley -  05/09/2012

     
     05/09/2012 07:20:37 

    Nos curés
    C’est la rentrée aussi chez les curés. Notre curé est muté à Chantilly nous apprends le numéro 67 de « Semences », le magazine qui vient s’inviter régulièrement dans vos boites aux lettres. Cinq années passées au contact des paroissiens des dix paroisses regroupées autour d’Auneuil. Lourd ministère pour les curés du vingt et unième siècle. Si la ferveur religieuse s’est émoussée, durant ces dernières années, le besoin de prêtres est toujours et de plus en plus d’actualité. Il suffit de lire l’éditorial du Père Philippe Gruson dans le magazine « Semences », pour s’en convaincre. Le besoin de spiritualité est toujours présent ; ce sont les pratiques et la ferveur religieuse qui ont régressé. L’humanité est toujours en recherche de devenir et de spiritualité. C’est la manière de l’exprimer qui n’est plus tout à fait la même qu’autrefois. Nous souhaitons bonne chance au Père Philippe Gruson, dans son nouveau ministère, dans cette belle ville de Chantilly, qui fait honneur à notre département.

    La foi, c'est parler à Dieu comme à un homme (Le curé d'Ars)

      

     


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  • Belmonte
     
    Belle tomate bien ronde , peu de graines , plus ou moins 150 gr a 200g
    Marylèn
    Belmonte sur Tomodori
    Fruit rose aplati de 300 à 400 grammes. En bouquet de 3 à 5 fruits. Côtelage en partie haute.
    Dépression moyenne à l'attache pédonculaire. Saveur douce et sucrée. Plant de 130 à 140 centimètres de hauteur
     70 à 75 jours. Croissance indéterminée. Bonne résistance au verticillium et fusarium. Variété précoce.
    Variété fixée originaire de Calabre.
    Doc Vent Marin
     Parfaite pour faire des tomates farcies en crudités 
    Bigwoman
     
     
    Fiche modifiée le 25 août  2012

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  • FEMME LIBRE,

    TOUJOURS TU CHERIRAS LA MER

    Une fillette de cinq ans en maillot de laine, les fesses sur les galets, regarde cette mer hostile qu’elle a tant désirée, la mer de la côte picarde. Elle en rêvait, mais la réalité surprend parfois. Les vagues d’un vert-gris, mousseuses comme la bière que buvait son père l’empêche d’aller tremper ses pieds dans l’eau. Les flots si monstrueux, démesurés pour une si petite fille l’effraie, ils vont la faire tomber, l’engloutir dans les profondeurs. Attirée pourtant, elle tente de se redresser malgré le vent sifflant en ces jours de début d’été mais ses pieds minuscules souffrent sur ces galets qui roulent sous ses pas. Cayeux sur mer porte bien son nom : « cailleu », cela signifie caillou en picard lui a expliqué sa grand-mère. Patiemment, elle attend la marée basse pour voir le sable mouillé, promener son filet dans les bâches en quête de quelques crevettes, creuser dans l’estran pour trouver quelques tellines et couteaux. Pour l’instant, elle cherche un trésor dans ce champ : des galets très blancs, brillants et tout doux, les plus jolis, qu’elle entassera dans son seau. Progressivement, la mer d’opale découvre un sable blond, le vent s’est apaisé. Une brise légère soulève la chevelure brune de Juliette. Elle enfile à la hâte ses sandalettes en plastique, traverse la masse caillouteuse son épuisette à la main et s’élance vers la plage, son paradis. Elle s’enivre des embruns, de cette immensité qui tenaille. Elle ressent quelque chose de puissant qu’elle ne sait pas encore nommer liberté. Elle court dans les flaques salées qui mouillent son corps gracile, elle n’entend pas les cris de sa mère, elle vient de naître, elle n’a plus peur, elle est seule au monde avec les éléments, elle est heureuse ! C’est le début d’une longue et belle histoire d’amour avec les mers et les océans du monde entier qui l’emmèneront sur les îles de la mer d’Iroise, de Ré, d’Oléron, de Porcros et Porquerolles, d’Arosa, du Dodécanèse, de Madère, de Zanzibar et de Pâques. Elle plongera dans des mers d’émeraude, des lagons bleus, des eaux d’encre, foulera des sables blancs, rouges ou noirs volcaniques, rencontrera des poissons étranges et multicolores, voyagera au cœur d’un jardin marin extraordinaire.

     

     

     

    Yolande DHEILLY

     


     
         
          La voix d’un lieu 
    Revue de l’atelier d’écriture de « Voisinlieu pour tous »
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    N°04 – Juin  2012

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  • La mer

    Sur les carreaux salis de cet hôtel sans âme

    les gouttes de l’averse dessinent leurs méfaits

    ajoutant à l’angoisse du lit si peu défait

    de torrides arabesques que mon instinct condamne.

    Tu ne reviendras pas.

     

    Le Golfe du Morbihan et sa mer enclavée

    ont trop souvent caché nos brèves déraisons ;

    les voiles dégoulinantes du Yacht-club d’Aradon

    en chœur funeste sonnent la fin de l’hyménée.

    Mais tu me manqueras.

     

    Ce que le ciel me dit la mer avide l’avale.

    Les éléments vengeurs l’un l’autre hardis

    se fondent alors que nos deux vies

    faute d’une ria profonde s’écoulent en de multiples et stériles cavales.

    Elles pèsent trop lourd sur moi.

    Je vais tenter ma chance sur les sentiers de côte.

    Si le soleil revient sur la mer apaisée

    J’accepterai une vie à la mienne mêlée

    sinon je me laisserai glisser dans la mer haute.

    C’est elle qui décidera et ce sera sans toi.

     

     

    Chantal Gaultier

     


     
         
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    N°04 – Juin  2012

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  • La Mer au Boulot

    La mer ressemble à ton amour Elle veut sentir qu’on la désire Elle s’avance puis se retire.  

    Yves Duteil

     

    La mer c’est dégueulasse, les poissons baisent dedans. Renaud Séchan

     

    Ô que ma quille éclate, Ô que j’aille à la mer!

    Arthur Rimbaud

     

    Samuel s’affala sur une chaise en plastique loin de la machine à café. Il avait passé une mauvaise nuit et ne se sentait pas d’attaque pour endurer les passes d’armes que déployait l’esprit français pendant la pause. Il travaillait dans une entreprise de prestations de services et avait du travailler tard pour avancer de façon minime sur un dossier qui semblait ficelé à son plan de carrière. Il fit mine de s’abîmer dans la contemplation d’un journal syndical pour faire fuir les importuns: rien n’éloignait plus un cadre dans une société de service que le voisinage d’un tract politique ou d’un bulletin syndical; les deux espèces pouvaient cohabiter dans le même biotope qu’à la condition expresse de respecter des distances de sécurité drastiques. “Le cadre d’entreprise est décidément une espèce bien fragile et bien craintive” songea Samuel, brusquement las. Il se concentra sur son opuscule. il ne le lût pas et se contenta de le fixer luttant pour garder les yeux ouverts. Deux jolies secrétaires de direction, continuant à dévider le fil de leur conversation, passèrent devant lui en le saluant d’un petit hochement de leur frais minois. Il leur répondit par un bref hochement d’une tête que nul n’aurait eu l’idée de qualifier de frais minois. Sans plus essayer de lire, il s’absorba sans vergogne dans l’écoute du dialogue tenu par les jeunes femmes. - Oh, moi, il a fait beau, c’était cool. -T’as fait quoi de ton séjour? -Après l’année que j’ai passé, je suis venue sur la plage uniquement pour bronzer, avec un livre… Tranquille… -T’as lu quoi? - Je sais même plus mais bon, quand tu bronzes avec un livre, est-ce-que tu le lis? Je crois que je ne l’avais emmené que parce-que la couverture était assortie avec mon maillot. Puis elles éclatèrent d’un rire que, la fatigue aidant, Samuel renonça à qualifier autrement que cristallin. À la typographie vindicative du bulletin syndical succéda dans son cerveau harassé, une douce vision: celle de la jeune fille offerte au soleil sur une natte de plage. Il composa artisanalement une image mentale comprenant le joli visage de la secrétaire qu’il connaissait un peu pour l’avoir distraitement admiré avec un corps féminin protéiforme issu de la fréquentation assidue d’anciennes photos de Playboy ou de Lui, preuve revigorante que la mémoire de ses anciens émois restait vivace et pouvait l’inonder de souvenirs réconfortants. Il l’imaginait, les tempes trempées, le corps délicatement salé par l’océan et rôti par un soleil trop doux pour être honnête. Le maillot fin, forcément très fin, laisser deviner par transparence des rotondités qui enflammait son imagination débridée par l’insomnie. Un tintement de pièce, l’une après l’autre, les jeunes filles prirent le gobelet brûlant, le portèrent à leurs lèvres, esquissant une jolie moue voulant signifier que le café est soit trop chaud, soit immonde, un regard, un sourire, elles reprennent leur conversation, Samuel s’est endormi d’un sommeil solaire. “Une journée de beau temps, une seule, j’ai attrapé des coups de soleil qui m’ont fait souffrir le martyre. Je suis restée claquemurée dans la chambre de mon bungalow insalubre où je me suis emmerdé pire encore qu’avec mon ex. Dès que j’ai pu ressortir, il pleuvait tellement que j’ai préféré rentrer. En plus, moi qui espérait rentrer avec un beau mec, un surfer ou au moins un maître nageur, je suis juste rentrée avec une mycose vaginale: le sable et l’eau de mer.”

     

     

    Lucas Hermse

     


     
         
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  • Fête chez les souris

    C’est la fête chez les souris de Maidenhaid, petite paroisse anglicane du Berkshire. Monsieur Hope pasteur et maire du bourg a décrété un régime végétarien pour ces félins .Oui Monsieur le pasteur en a assez de ramasser des souris raides mortes dans son jardin, jouxtant l’église. Alors c’est une interdiction formelle pour les matous de tuer les souris. Les chats partis, les souris dansent virevoltent à leur nez et à leurs barbes.Wisely mouse tirent les vibrisses de White cat .Miny Mouse qui joue à cache-cache avec ses camarades et tombe par inadvertance sur les pattes du Poussycat. Les greffiers mignons sont excédés, ils quittent les limites communales lui préférant une vie plus sauvage. Alors les souris protégées par la municipalité sont zen. Elles sont en pleine forme et deviennent prolifiques plus que jamais. Au moins cinquante souriceaux par mère et par an. Par conséquent, nos petites rongeuses en comité politique doivent décider des grandes orientations du plan .Oui, il faut des crèches des écoles maternelles et un centre de planification. Elles développent les moyens de contraception tels pilules, préservatifs stérilets mais les articles sus nommées étant rares, elles ont du mal à s’approvisionner et doivent attendre un délai de livraison qui est de deux mois. Que faire pendant ce temps s’accoupler ou pas ? Est-ce que ces dames vont toujours recevoir dans le vase adéquat. Quelles solutions vont-elles trouver ? Naitre ou être est bien la question.

     

     

    Chantal Priolet

     


     
         
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    N°03 – Avril  2012

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  • Que la montagne est belle

    Enfant, je rêvais en regardant les images de mon premier manuel de géographie. L’une représentait la montagne : des rochers sur lequel se dressait un curieux animal ressemblant à une chèvre, un torrent écumant, un chemin caillouteux virant en épingle à cheveux, une pente particulièrement abrupte couverte de sapins, des sommets blancs de neige s’élançant vers le ciel et, au milieu de tout cela, une voiture décapotable d’un modèle ancien conduite par un homme jeune dont l’écharpe volait au vent. A ses côtés, une femme souriait, heureuse… A la page suivante, entre deux falaises, quatre hommes armés de piolets et reliés entre eux par une corde semblaient avancer prudemment sur une langue de glace parcourue de crevasses… Plus tard, j’ai trouvé chez mes grands-parents, dans un cadre accroché dans la grande salle, où nous allions rarement, une photo où je reconnaissais ma grand-mère, l’une de mes tantes et où je devinais le grand-père que je n’avais pas connu, accompagnés de deux couples très certainement étrangers à la famille près d’une curieuse automobile dans laquelle on apercevait quatre rangées de sièges. Le décor était grandiose. Le groupe posait devant une balustrade en fer qui dominait sans doute un abîme vertigineux. J’interrogeai. Yvonne évoqua brièvement une excursion dans les Pyrénées avant la guerre…Ils avaient séjourné à Argelès-Gazost. C’est elle qui avait photographié, dans le col de l’Aubisque. Pour moi, ce mot évoquait le Tour de France et les épopées glorieuses de Vietto, Robic, Coppi, Koblet ou Géminiani…et leurs photos pleine page dans « Miroir-sprint ». Je m’étonnai qu’une personne qui avait eu la chance de parcourir des lieux aussi imposants n’en dise rien… J’ai compris plus tard. Pour apprécier la beauté des sites, il faut, sans aucun doute, l’affronter à vélo – je ne l’ai jamais fait- ou à pied. Une paire de chaussures confortables, un sac à dos, suffisamment d’aliments riches en calories, de l’eau, un vêtement chaud, une cape imperméable sont indispensables. La carte au 25/1000ème, la boussole et l’appareil photographique complètent utilement l’équipement. Vous suerez en gravissant le chemin, vous dégusterez framboises et fraises des bois, vous admirerez l’épilobe pourpre dans les clairières ou la gentiane jaune dans les pâturages d’altitude. Vous ne resterez pas insensible à la palette de couleurs variées, du rouge de la joubarde au blanc laineux de la linaigrette. Peut-être serez vous tenter de photographier un insecte butineur, abeille ou papillon, mêlant sess couleurs vives au purpurin d’une civette au creux d’une tourbière.. Il y a quelques années, les marmottes, en sifflant vous invitaient à les deviner près d’un rocher. Aujourd’hui, sachant qu’elles sont protégées, il arrive qu’elles attendent quelques reliefs de repas près d’un refuge. Si vous partez suffisamment tôt, vous pouvez découvrir une horde de chamois gambadant au pied d’un névé. Après plusieurs heures de marche, un vent frais vous averti de la proximité du sommet du col. Selon la topologie du lieu, vous dominerez une vallée très différente et en tous points semblable à celle que vous avez quittée ou vous découvrirez une moraine glaciaire avec ses amoncellement de roches, son lac d’altitude aux eaux glacées, ses tourbières fleuries que domine le majestueux glacier qui semble tout proche. Ici commence une nouvelle aventure : vous pouvez quitter la montagne à vaches pour vous lancer à l’assaut des pentes enneigées. Sans un équipement adapté et la compagnie d’une personne avertie, ne vous laissez pas tenter.

     

     

    Claude Aury

     


     
         
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    N°03 – Avril  2012

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  • Le raccourci 

    Il m’avait dit : prends le raccourci par la forêt de Sénart, tu gagnes un bon quart d’heure. Tu tournes à gauche juste à la maison du garde et c’est tout droit pendant deux petits kilomètres. A la fin du chemin, le panneau Brunoy apparaît sous le premier lampadaire de la ville. Encore éclairées à cette heure de la nuit, les fenêtres de la maison forestière m’ont balisé la voie comme un phare. Je m’engage dans l’étroit chemin goudronné et je roule doucement ; c’est la première fois que je me risque seule dans un bois, à 11 h du soir au volant de ma vieille Simca 1000 poussive. Elle a eu quelques ratées tout à l’heure comme ça lui arrive de plus en plus souvent. Je dois être à mi-chemin ; dans le rétro, la maison du garde a disparu. Tout est sombre derrière. A l’avant, les pinceaux des phares tracent deux lignes blafardes dans le tunnel lugubre et humide de cette nuit de septembre. Je n’en mène pas large. J’agrippe le volant, le nez à dix centimètres du pare-brise comme si je roulais dans un brouillard épais. A nouveau, ces foutus à-coups ! Là… c’est plus grave. Je me range sur le bas-côté jonché de feuilles. Le moteur faiblit et s’arrête en même temps que les lumières s’éteignent. J’essaie de redémarrer, une fois, deux fois, c’est foutu ! Faut qu’elle me lâche cette nuit ! La pile Wonder à la main droite, mon sac en bandoulière, j’ai décidé de rebrousser chemin vers le logis du garde ; la distance me semble plus courte vers ce point identifiable que vers la ville sûrement déserte à cette heure. Mes ballerines s’enfoncent un peu dans le sol. Je n’ai parcouru que quelques mètres et j’ai déjà froid, aux pieds, aux jambes, le long du dos. J’ai beau me forcer à maintenir une cadence soutenue – je suis une bonne marcheuse ! – je me sens envahie peu à peu par l’humidité ambiante et, je dois le reconnaître, par une panique qui me saisit un peu plus à chaque pas. C’est encore loin ! Le sol, inégal, me contraint à marcher la tête baissée mais je préfère l’illusoire protection du sous-bois et du fossé qui le borde à la route sur laquelle surgirait un automobiliste malveillant. J’augmente ma cadence et je me force à respirer régulièrement. L’odeur de l’humus emplit mes narines. Tout à coup, un frémissement inquiétant : près de la fougère, là, quelque chose vient de bouger. Je me fige : un mulot vient de sortir précipitamment de la frondaison pour rejoindre le passage busé plus hospitalier. Sa longue queue effilée souligne sa vitesse paralysante. Je m’écarte de l’endroit pour ne pas risquer la rencontre d’autres rongeurs et je repends mon chemin, prêtant l’oreille aux bruissements qui m’obsèdent. Je n’ai pas peur de ceux des arbres : une chouette en faction, un écureuil qui grimpe ne vont pas me mettre en danger mais que cachent ces bruits secs, ces froissements de feuilles, et si des gens vivaient cachés ici, des malfrats, des voleurs… On n’est plus au temps de Vidocq mais qui sait… Au loin, là-bas, une percée blanchâtre, une mare certainement, la forêt en compte beaucoup. Un point d’eau pour vivre en bande ou même seul… Je ne distingue rien dans ces futaies. Au détour d’une faible courbe de la route, je découvre avec bonheur quelques points jaunes, au loin : les fenêtres de la maison forestière. Je me mets à courir sur la route pour atteindre mon but au plus vite. Il faut que je retrouve mes semblables, que je quitte enfin cette nature inhospitalière. J’arrive, exténuée. Je reprends mon souffle avant d’appuyer, soulagée, sur la sonnette à droite du portillon. A ce moment-là, j’entends, à l’intérieur, le cri d’effroi d’une femme qui supplie : « Non, Louis ! » puis une détonation secoue la maisonnette. La porte s’ouvre et une jeune femme souriante s’exclame : Eh bien, j’avais raison, quelqu’un sonnait mais avec la télé à fond….

     

     

    Chantal Gaultier

     


     
         
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  • En quête à Voisinlieu

    (Polar) 7e épisode
     

    – « Où étiez-vous ces cinq dernières années ? » Michel hésita quelques secondes. Fallait-il dire la vérité ? Comment justifier ce trou de cinq années ? « J’étais dans la Légion, j’ai fini mon engagement la semaine dernière. » « Apportez-moi l’attestation de fin d’engagement la prochaine fois. » Elle se leva, l’entretien état terminé. Michel comprit qu’elle voulait se débarrasser de lui au plus vite. Il se redressa, et sortit du bureau. Il n’en aurait jamais fini avec l’injustice de sa condamnation. Pourtant il avait payé sa dette à la société mais rien n’y faisait, le fils de Bernard en avait après lui. Son pécule fondait à vue d’œil, Rosa ne pouvait rien pour lui. Il était coincé. Il alluma une cigarette, trouva un banc et s’assit pour réfléchir. C’est alors qu’une Twingo s’arrêta et que Sophie lui fit signe de monter. Il écrasa sa cigarette, ouvrit la portière et prit place dans la voiture. « Je crois que vous feriez mieux de repartir avant que ça tourne mal. Mon père veut vous tuer. Je vous conduis à la gare routière. Prenez le premier car et filez au plus vite. » Il pensait reprendre son sac au Café des Promeneurs mais il était déjà trop tard. Il devrait se contenter de ce qu’il avait sur lui. Sophie proposa de prendre ses affaires et de lui rapporter. Elle le déposa près de l’ancien abattoir, il n’aurait pas trop à marcher. Elle sortit alors son portable et donna un coup de téléphone. Le piège s’était refermé sur Michel qu’une voiture renversa dans la rue des Cheminots sans même s’arrêter. Un témoin affirma qu’il s’agissait d’une vieille voiture rouge, peut-être une R8 ou une Simca 1000.

     

    FIN …

     

    Philippe GEIGER

     


     
         
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  • En quête à Voisinlieu

    (Polar) 6e épisode
     

      – Une brève convulsion… Il s’était repris. De ses années de taule, il avait appris à se ramasser, encaisser, sans broncher, pour se venger ultérieurement avec une cruauté froide. Le panache, c’est un luxe que l’on ne peut pas se permettre en prison. Il savait qu’il ne pourrait rendre les coups, mais, le premier moment de stupeur passé, il se coula dans la violence comme dans de vieux chaussons. Il se raidit, se sentit redevenir animal; sa raison, chancelante, laissa son cerveau reptilien prendre le contrôle des opérations, comme deux catcheurs se tapent dans la main pour que le plus frais des deux puisse monter sur le ring. Il se ramassa et attendit. L’air buté de Michel laissa les deux brutes un peu désorientées. Ils auraient aimé le voir crier pour le mépriser, le voir cogner pour riposter avec fureur mais ils avaient juste entre les mains ce corps tendu dont ils ne savaient que faire, ce corps dont le seul rictus insane distillait la folie dans le cœur, comme par capillarité. Cela coupa leur élan. Ils firent ce qu’il ne faut surtout pas faire en pareil instant: ils réfléchirent. Ils virent les lumières qui commençaient à jaillir des fenêtres. Ils se virent essayer de menacer un zig qui avait fait quelques années de zonzon dans les lieux les plus dangereux de la France métropolitaine, un mec qui avait tué à mains nues. Ils se sentaient maintenant comme deux cons ayant essayé d’écraser une vipère en chaussettes. Ils le lâchèrent brusquement, comme si leurs pensées avaient suivi le même chemin, s’engouffrèrent précipitamment dans l’auto toujours ronronnante et démarrèrent en trombe pendant que Michel, légèrement titubant, essuyait de sa manche le mince filet de sang qui gouttait de sa lèvre tuméfiée. Il était furieux, contre lui même, contre Rosa surtout: cette grue n’avait rien pu trouver d’autre comme père de son enfant que le fils de Bernard. Bordel! Elle s’était bien gardée d’en parler… Il marchait plus vite, s’enivrant de violence et de vengeance, et peut-être, sans qu’il pût en avoir conscience, que des gestes convulsifs de ses bras moulinant l’air attirèrent le regard des employés qui rentraient chez eux. Puis cela tomba. Un calme soudain, solaire, l’irradia. Marcher, la ville, le soir… La vie revenait en lui. On eût dit qu’à l’inverse du soleil disparaissant en un crépuscule somme tout assez réussi, une sérénité poignait et diffusait une douce chaleur. Ce soir-là, il dormît d’un sommeil de plomb. Il se leva vers huit heures, se rasa soigneusement, prit un petit-déjeuner copieux, ne fuma pas et s’habilla avec les habits les moins froissés de sa valise. Sa matinée était chargée. Trouver un bureau de placement et aller fouiller dans les archives. Il fut bientôt assis, en compagnie d’autres spécimens variés de la population beauvaisienne dans une salle d’attente froide, morne et grise que des employés consciencieux avait vainement tenté d’égayer en apposant des affiches vantant les délices et avantages d’une carrière dans la police, le pénitentiaire ou l’armée. Michel trouva somme toute encourageant pour l’avenir de l’humanité que ces professions connussent une crise des vocations. Une dame d’une quarantaine d’année, d’apparence revêche le reçut. La froideur et la défiance affichées sur son visage qui eût pu être attrayant décourageait toute tentative de contact ou d’empathie. Michel se demanda brièvement si cette posture était une protection contre la détresse qu’elle côtoyait ou si elle souffrait d’une constipation prolongée qui avait durablement altéré ses rapports avec le genre humain. Après un bref hochement de tête, elle s’abîma dans la lecture de la fiche qu’il avait antérieurement remplie et commença silencieusement à cocher des cases. Michel, friand de silences embarrassants apprécia celui-ci en connaisseur et le laissa croître. Ce fut elle qui le rompit brusquement en lui demandant: …

     

    Lucas HERMES

     


     
         
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  • En quête à Voisinlieu

    (Polar) 5e épisode
     

      5e épisode – Yolande DHEILLY Qui a bien pu partager un café avec elle et puis pourquoi est-elle encore en déshabillé si elle doit se rendre au marché ? Il songe à une visite nocturne après son départ de la veille, mais il n'ose poser de questions pour ne pas briser l'émotion, pour retenir ce pétale de bonheur intense. Rosa a capté son regard inquiet et douloureux, elle murmure d'une voix mal assurée : - Quelqu'un m'a rendu visite tôt ce matin mais ne t'inquiètes pas, ce n'est pas ce que tu crois ! - Rosa, ma douce, trop de mystères entourent ma vie depuis que je suis revenu dans le quartier. Ne me complique pas les choses ! Elle lui tend les mains avec une expression de tristesse, un air d'animal blessé. Il remarque alors des hématomes sur le dessus de ses mains et autour de ses poignets. - Qui est ce "quelqu'un" qui t'a violentée Rosa ? Tu dois me le dire ! Il l'attire vers lui pour l'apaiser, pour la consoler, le mettre en confiance. Elle sanglote à présent : - C'est Pierre, le père de Sophie, nous sommes séparés depuis très longtemps, mais il ne le supporte pas. Je lui ouvre la porte à cause de notre fille, mais il a des accès de violence périodiques car je refuse de reprendre la vie commune. Laisse-moi maintenant. Je dois m'habiller et aller en ville. Reviens demain vers midi, nous déjeunerons ensemble. Michel s'éloigne de la maison tel un félin qui cherche sa proie. Des sentiments contradictoires l'envahissent. Il évite de justesse une voiture dans la rue. Tiens… une twingo jaune… Il a l'impression de l'avoir déjà remarquée. Tout à coup, il se sent traqué. L'enfermement l'aurait-il rendu un peu paranoïaque ? Il doit se calmer. Il erre dans la ville toute la matinée en regardant les vitrines avec des yeux qui ne voient plus. Puis il engage une longue course vers le plan d'eau du Canada qu'il contourne plusieurs fois ne ressentant que l'odeur de l'étang et la brise fraîche sur son visage. Il transpire, à bout de souffle. Quand la nuit tombe, son corps apaisé se dirige vers l'hôtel tel un automate. Au passage à niveau il a l'impression d'être suivi…toujours cette angoisse de fugitif, du prisonnier surveillé… Il s'engouffre dans la rue Odet de Châtillon qui l'enveloppe de sa noirceur. Au bout de la rue, il reconnaît la voiture jaune qui a failli l'écraser. Trop tard pour réagir ! Deux hommes le ceinturent tandis qu'un autre le saisit à la gorge, l'insulte, le menace d'un couteau ! - Que t'ai-je fait ? Qui es-tu ? hurle Michel s'adressant à l'homme au couteau - Je suis Pierre. Ne t'approche plus de Rosa ni de ma fille ! - Mais que me veux-tu ? - Je vais te le dire, ordure ! Tu as flingué Bernard, mon père pour rien ! Le tien de père était un collabo. Mon père, lui, n'a fait que son devoir en le dénonçant aux autorités après la guerre ! L'espace de quelques secondes, des images martèlent le crâne de Michel, insoutenables : la dépression de sa mère, la ruine de son père, les insultes de Bernard envers ses parents le soir du meurtre. Michel pense à appeler la police. Quelle dérision ! …

     

    Yolande DHEILLY

     


     
         
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  • Le meilleur
    des carnets de Jules Hostouley
        24/03/2012 07:36:29  
     

    Force doit rester à la Loi
    Un monstre qui se jette dans les airs comme un Archange au risque de devenir un emblème, un martyr, un mythe, une icône pour d’autres cerveaux complètement dérangés ; c’est là l’aboutissement d’une épopée absolument obscène quant au sort tragique de ses victimes. Comme nous le pensions, nous-mêmes, le RAID a tout mis en œuvre pour capturer vivant ce nouvel Alien ; la volonté du monstre fut autre. Dommage pour la compréhension de la mécanique totalement irrationnelle et criminelle qui a pu animer ce monstre d’un nouveau style. Respect aux hommes du RAID qui ont mis leur vie en jeu. A Jouy le feuilleton municipal continue, si l’on se réfère au dernier article de LECHOJOVACIEN. Très prochainement va se tenir la réunion du Conseil Municipal, le plus important de l’année. Celui du vote du budget ; celui aussi qui renouvelle la confiance des conseillers pour la poursuite du mandat de notre Maire. Ce conseil peut très bien être celui de tous les dangers ; comme ce fut le cas à Jouy, à la fin du siècle dernier. Ce propos me rappelle que dans 1 mois le spectacle Politico-Présidentiel aura renvoyé quelques-uns de ses Figurants-Candidats à leurs chères études ; pour ne garder que la crème des crème ; lequel des Présidentiables restants portera l’estocade finale ? Nul ne sait !... Et ensuite, enfin, vers la fin juin, à l’aube des vacances, à l’orée de l’été ; quelle Paix, pour nos concitoyens, après toutes ces campagnes, ces évènements tragiques, ces escarmouches électorales… La pratique de la Démocratie, le meilleur des systèmes, est un sport bien difficile dont on ne perçoit pas forcément, sur l’instant, les tenants et les aboutissants. Les systèmes extrémistes, beaucoup plus enfantins et simplistes, dans leurs réflexions, pouvant toujours séduire durablement, ceux de nos concitoyens, lassés par ces feuilletons Politico-médiatiques. Ainsi va la Démocratie.
    La politique, c’est comme l’andouille ; ça peut sentir la merde, mais pas trop ! (Hérriot)


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  • Satanés mots 

    (Texte érotique)

       

    Satanés mots,vous languissez

    de prendre corps sur cette page

    qui, d’habitude, voit défiler

    les mots pudiques, les phrases sages.

    Trouvez vous-mêmes la cadence !

    Sautez vite sur vos deux pieds !

    Erotique est votre essence ?

    Du texte, vous vous chargerez.

     

    Satanés mots, lancez-vous donc !


    Posons l’décor :un pré sans vache,

    le soleil du mois d’août roussit

    Les touffes près d’une meule qui cache

    deux amoureux bien chauds, aussi.

    Volés, les doux bécots du bal -

    il effleurait ses lèvres serrées –

    la même bouche sur lui s’emballe,

    la belle est prête à basculer.

     

    Satanés mots, belle leçon !


    Soleil d’été rend fille folle

    De leçons d’amour en mouvements.

    Jupe et corsage, le linge s’envole

    La soie aussi, en un glissement.

    La nudité fait découvrir

    à l’amant fiévreux les appâts

    de celle qui, dans un soupir,

    jouira du rythme qu’elle sentira.

     

    Satanés mots, le souffle est là !

     

    Mais la belle, en fille avertie,

    Chaque fois veut pouvoir conclure.

    Elle a droit à toutes ses envies

    si experte que soit la monture !

    Pour atteindre le fameux point G

    elle se met sur l’flanc en pelote

    lui, bon prince, fait un moulinet

    et remet ses coups de varlope.

     

    Satanés mots, c’est réussi !


    Chantal Gaultier 


     
         
          La voix d’un lieu 
    Revue de l’atelier d’écriture de « Voisinlieu pour tous »
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    N°03 – Avril  2012

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  • Un non-personnage 

    (Description de personnage) 

       

    La question que nous pourrions nous poser, en prolégomènes de notre réflexion pourrait se traduire ainsi. Que dire d’autre de cette vie, que tout le monde semble si bien connaître qu’elle parait figée dans un ciel idéal que contempleront émues les générations futures, le coeur débordant d’extase comme l’eau déborde de la cuvette d’émail auparavant immaculée lorsque l’on tire la chasse d’eau de toilettes bouchées ? Pourquoi vouloir encore fouiller ? Pour ternir ? Pour souiller ? Pour rabaisser ? Ces considérations me sont étrangères mais il semble que, à force de ne considérer que le personnage public, on n’en vient qu’à contempler une forme désincarnée, fantomatique, disons le mot : édulcorée du personnage. Au delà des images d’Épinal, il convient de le replacer dans une vérité, une connaissance, une incarnation au sens biblique du terme (une incarnation biblique, pas une connaissance biblique). En effet, tel le Dieu chrétien qui, pour se rapprocher de ses fidèles a engendré Jésus, Il est nécessaire de revoir, à l’occasion de ces notes, la lueur diffusée par l’être humain qui reste trop souvent éclipsée par les néons criards qui semblent émaner de l’homme public. Nous n’écarterons pas les faiblesses du personnage, car il en eût. Il ne sert à rien de les nier ou les minorer sauf à vouloir faire d’un être humain de chair et d’os un personnage conceptuel au sens deleuzien du terme. Ces faiblesses donnent de la chair à l’histoire que tout le monde connaît et renforce le sentiment d’identification que nos contemporains, spécialement les plus jeunes qui sont à l’âge où l’on cherche des moules dans lesquels leurs jeunes forces pourront se lover pour sculpter leurs propres statues pourront trouver dans cette vie humaine. Nous ne chercherons donc pas à réaliser l’hagiographie d’u nietzschéen du terme mais, sans la nier toutefois car elle est importante, à croiser cette dimension avec d’autres regards, d’autres perspectives qui, se multipliant, se réfractant tel le radar des chauves-souris, peuvent donner à voir en creux la vie d’un être humain dans sa réalité ontologique. Appuyons nous sur le contexte dans lequel ce personnage prend racine. Nous pensons, sans tomber dans le marxisme (Dieu nous en préserve !), que tout être humain est marqué par le lieu où il est né et le siècle où il prend place. C’est un lieu commun que l’on pense toujours soit en accord avec, soit en réaction à son temps. Si les phénomènes sensibles ne se retrouvent plus, perdus dans le fleuve héraclitéen, on peut toujours s’en rapprocher. C’est pourquoi on refait les recettes de madeleines de ses grands-mères au lieu d’aller les acheter chez Picard (les madeleines, pas les grandsmères). Avec ce personnage, la connaissance du contexte prend toute son importance. Nous ne dirons rien de sa biographie, celle-ci étant bien connue. Merci de votre attention.

     

    Lucas Hermse  


     
         
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  • Conversation entre bouteilles 

    (saynète) 

     

      Personnages :  

    Clairette de Die (originaire de la Drôme)

    la précieuse Margaux (originaire du Bordelais)

    la bourgeoise Mady Ran (originaire des Pyrénées)

    la fille de caractère bien trempé Gros plan (originaire du pays Nantais)

    le bon vivant un peu "plouc" Pécharmant (originaire de la Dordogne)

    le hardi un peu séducteur Beau Jolais (originaire du Rhône) le jeune premier 

     

    Les "bouteilles" sont à la cave en rang sur deux étagères face à face. Arrive alors le Beau JOLAIS, le petit nouveau, rescapé de la salle à manger de la maison où s'étaient réunis quelques adeptes pour lui faire sa fête.  

     

    Gros PLAN : Dis donc le nouveau, tu n'as pas descendu leur gosier en pente ?  

    Beau JOLAIS : Non, apparemment j'étais de trop, Madame m'a réexpédié dans cette cave illico presto !

    MARGAUX : Madame est d'une avarice ! C'est pour cela que je reste là, à vieillir doucement. Quant elle choisit l'un d'entre nous, elle m'évite !

    Pé CHARMANT : Tu as l'air coincée ma pauvre Margaux, voire bouchonnée ! Tu aurais mieux fait de rester dans ton bordelais natal !

    Mady RAN : Ne t'inquiète pas Margaux ! Je connais cela aussi le "laisser pour compte". Plus ça va et plus je me fais de tanin. Clairette m'a rapporté que Monsieur n'aimait pas les sombres, les fortes en bouche, les odorantes !

    Clairette de DIE : J'ai observé cela le printemps dernier. J'ai été remontée de la réserve à pleines bulles par Madame avec une de tes payses. Monsieur m'a délaissée complètement, préférant, dans un premier temps, laisser rouler sur la langue la belle pyrénéenne. Il a craché aussitôt et la pauvre a dévalé vite fait le trou de l'évier !

    Beau JOLAIS : J'ai de la chance alors ! Regardez comme je suis jeune encore, magnifique dans mon bel habit rouge !

    Pé CHARMANT : C'est un fait, mais ne te réjouis pas trop hâtivement, regarde sur la dernière tablette de l'étagère, un de tes compatriotes, rescapé lui aussi : ça fait 10 ans qu'il est là ! Avec son goût de banane, il a fini par tourner vinaigre ! MARGAUX : Quelle horreur !

    Gros PLAN : Je préfère encore finir ma vie en glissant sur une douce couvée d'huîtres !

    Clairette de DIE : Ca finit par me saouler ces A.O.C, ces Actions d'Offrir du Consensuel dont Madame et Monsieur ont fait leur philosophie !

    Pé CHARMANT : Qu'elle nous lâche la grappe !

    Clairette de DIE : S'ils préfèrent le pétillant diois d'appellation contrôlée, qu'ils s'affirment auprès de leurs hôtes. Qu'ils abandonnent leur phrase-clé : "Champagne pour tout le monde !"

    Beau JOLAIS : Arrête ! Après tout, le Champagne aussi, c'est juste du raisin qui a pourri

    MARGAUX : Pourri certes, mais de noble lignée. Le botrytis cinerea est une pourriture noble, un champignon nécessaire à la fabrication du vin.

    Clairette de DIE : En plus, avec la Clairette, ils pourraient briller en société, citer Tite-Live dans le texte et le nom des Gaulois qui ont inventé ce breuvage en Narbonnaise, il y a deux millénaires.

    Pé CHARMANT : Voyons, respectez ceux qui prennent de la bouteille en se bonifiant et cessez de parler en vain

    Mady RAN : Moi aussi, je vieillis doucement, mais je suis bien en chair et je m'étoffe. Malheureusement, ce n'est pas le goût de Monsieur qui me trouve trop corpulente ! Je n'aurai pas l'occasion de verser des larmes sur son verre !

    Clairette de DIE : Flûte alors, Pas moyen de s'exprimer ! Je profite de cette respiration pour ouvrir le goulot et vous rappeler le nom des Gaulois à l'origine du vin que je représente : ça ne vous dit rien les Voconces ?

    Gros PLAN : Justement, à ce propos, pourrais-tu remettre ton bouchon un moment et laisser les grandes personnes deviser en paix. On a besoin de vacances, nous autres !

    MARGAUX : Un grand cru, ce jeu de mot : corsé mais pas généreux. On ne te demande pas d'être liquoreux, d'ailleurs tu n'as rien d'un Sauternes. Quoique, en deux mots : sot et terne…

    Pé CHARMANT : Ah, c'est léger! FFFFF Abus de tanin fait vin malin, Vous en tenez une couche ! Revenons au dépôt, non, au début : le nouveau est victime d'un "goût de trop peu" !

    Beau JOLAIS : Mais je suis frais et tendre, épicé et poivré avec une note de fruits rouges. Madame m'a mis de côté car elle veut me marier à une pintade, une andouillette ou une tarte. Ça me fiche une de ces trouilles !

    Gros PLAN : Tu ne vas quand même pas te laisser faire !

    Mady RAN : Oui, il a raison. Tout cela est du gâchis ! Sauvons-nous ! A trois, on s'entrechoque, on se casse et les patrons trinqueront !

    MARGAUX : J'ai peur, mon rubis vire au noir !

    Mady RAN : Fais-moi confiance Margaux, on dégoulinera tous ensemble au fond de la cave, puis vers la rivière. Il faut savoir mettre un peu d'eau dans notre vin que diable ! Nous allons voir du pays !

    Beau JOLAIS : Un pour tous, tous pour un ! A moi l'honneur de compter. Vous êtes prêts ? Un, deux, trois…… Les bouteilles tremblent, se choquent, basculent dans un grand fracas….RIDEAU

     



     

    Chantal Gaultier et Yolande Dheilly Avec la participation de ceux de l'atelier

     


     
         
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  • Kâmä Sûtra du pêcheur 

    (texte érotique)
     

      La pêche évoque pour certains la lutte difficile de Santiago dans « le vieil homme et la mer » ; plus souvent le plaisir solitaire du gamin taquinant le goujon, la tanche, le gardon, l’épinoche ou de l’adulte parfois bedonnant assis sur un pliant, surveillant une ou deux lignes dans un endroit calme et frais à proximité d’un cassecroûte, d’une bouteille de vin et souvent d’une personne du sexe opposé. Aujourd’hui, comme l’amour, la pêche est une passion, mais les différences sont importantes. Contrairement à l’amour qui ne nécessite aucun matériel particulier, pour pratiquer la pêche il faut disposer de plusieurs gaules flexibles parfois appelées « scion », pouvant atteindre plusieurs mètres et un amoncellement d’hameçons, de fils, de moulinets, d’étuis, d’appâts, de toutes sortes, aux noms imprononçables qui imposent de disposer d’une voiture avec un coffre conséquent. L’amorce se fait en général la veille au soir, pas seulement chez les personnes âgées. Ce sport se pratique uniquement au bord ou au milieu de l’eau et les positions varient peu. Celle avec qui on espère une touche est invariablement dans l’eau : elle se cache près du bord, se glisse entre les pierres d’un haut-fond ou se déplace parmi d’autres à la recherche de nourriture. En général, l’homme qui serre d’une main ferme le fouet, se tient debout sur la berge ou assis dans une barque ou sur un panier-siège. Il guette. Quand il entre en action, 7 il est d’autant plus proche de l’extase que sa proie gobe souvent ; il la leurre. Si celle-ci s’accroche, il la fatigue et la tire près de lui pour lui enfoncer dans la gorge son instrument qu’il nomme « ciseaux-dégorgeoir » et la relâche. Quels que soient son âge, son état de fatigue, il recommence immédiatement avec une autre proie et n’arrête qu’à la tombée de la nuit, toujours selon le même rite. Il est vrai que le premier « Kâmasûtra du pêcheur » a paru quinze siècles après les premiers conseils de Vatsyayana, ce philosophe brahmane qui décrivit quelques suggestions intéressantes que des générations d’amoureux curieux ont pratiquées au fond des alcôves, sur l’herbe tendre d’un pré, dans le foin, sur la plage ou plus récemment sur la banquette arrière d’une voiture. Peut-être quelque fou de pêche expérimentera au bord du lit de la rivière la position du bateau ivre ou le vol des mouettes, voire le lotus renversé pour rester dans des domaines qui ont à voir avec le milieu aquatique. …

     

    Claude Aury

     


     
         
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  • Rose et le clair obscur
    (Conte fantastique)

      Rose quitte la ville de Beauvais au guidon de son cycle Peugeot, demi-course, double-plateau, de couleur rouge et flambant neuf. Ce vélo, elle le tient de sa mère qui vient de mourir : son héritage. Rose est âgée de vingt et un an, elle profite de ce samedi de mai pour pédaler gaiement vers la forêt de Savignies. Elle est encore dans l’agglomération beauvaisienne en direction d’un rond-point. Elle tourne à droite se retrouvant dans une allée complètement inconnue. Bizarre ! Elle découvre aussi un manoir et un parc. Encore plus fou, elle se retrouve nez à nez avec une famille de chevreuils et leurs faons. Elle s’assoit dans l’herbe, profite du beau temps, du ciel sans nuages, de l’odeur de l’herbe fraîche, de la vue des pâquerettes et des trèfles. Elle se lève, marche un peu et tend l’oreille. Elle entend, au loin le ronflement du moteur d’une voiture qui s’approche et le ciel devient noir. Ce sont les ténèbres. La peur s’ensuit. Les phares de la voiture se dirigent vers elle. Rose a le souffle court, elle sue, elle crie. Ouf, le moteur ralentit, la portière de la voiture s’ouvre. Elle rentre dans la berline sur l’invitation de Dany, le conducteur d’une trentaine d’années tout surpris de voir une demoiselle aussi tremblante. Rose claque des dents et sa respiration est sibilante. Elle provoque la compassion de Dany qui lui offre, lui dit-il, une entrée au parc d’attractions à quelques kilomètres de Beauvais. Stupéfaction pour Rose. Où estelle ? Après être passés au guichet, l’employée de la billetterie leur remet des jumelles infrarouges pour voir les animaux la nuit. Le jour est parti d’un seul coup et n’est pas revenu. Pourquoi ? Est-ce dû au défilé de voitures qui font la queue pour l’entrée ? Une vraie histoire de fou. Rose et Dany évoluent dans un safari photo, observant la faune locale. Le spectacle est beau : encore des faons, des chevrettes mais trop de voitures. D’un commun accord, ils garent la leur et font un bout de chemin à pied. Chacun pour soi et tout seul. Une heure plus tard, Dany monte un escalier et entre dans un cimetière, il se dirige vers une tombe, s’allonge dessus et parle avec le locataire perpétuel des lieux. A ce moment, Rose le rejoint et entend ce soliloque : - je suis heureux que tu m’aies transmis ta recette de gâteau battu. - oui, l’hiver, je porte toujours l’écharpe que tu m’as faite. - chaque fois que je me rapproche d’une femme parfumée à la lavande, je pense à toi. Avec qui Dany parle-t-il. Discute-t-il avec une revenante. L’évocation de fragrance me rappelle quelqu’un mais de qui s’agit-t-il? Sur ces entrefaites, Rose rejoint la tombe. Elle entend le bruissement des arbres et des insectes, elle sent l’odeur de l’humus, elle perçoit les ténèbres omniprésentes. Elle veut parler avec Dany. Mais elle n’y arrive pas. Elle s’endort à moitié consciente. Rose sent l’odeur d’alcool à 90 degrés, entend le bruit métallique d’un chariot. Elle perçoit une luminosité aveuglante et une voix masculine inconnue lui dire. - Mademoiselle, réveillezvous, vous êtes hors de danger, vous avez été opéré d’une fracture du tibia. Vous êtes saine et sauve. Rose respire dans ce lit blanc de la clinique. Elle pense à sa mère, le savoir faire qu’elle lui a transmis : bien tricoter et cuisiner le gâteau battu. …

     

    Chantal Priolet

     


     
         
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  •  Les deux collègues

    saynette

      A la cafétéria
    - je suis content que vous ayez pu venir. Je vous avais remarqué le premier jour où vous êtes arrivé au
    bureau. Vous vous plaisez ? Vous vous êteshabitué ?
    - Oui, ça fait un mois que je bosse. Au début, j’étais un
    peu paumé ; mais les collègues m’ont mis dans le coup. Le chef de service, Nicolas, est sympa.
    - Sympa, il faut le dire vite. Méfiez-vous. Au début, tout va bien et ensuite, il fait virer les stagiaires. Vous êtes le troisième depuis le début de l’année.
    - Ah bon ! Je ferai gaffe. Il a pourtant l’air gentil et content de mon travail.
    - Il est vrai que se sont surtout les jeunes femmes qui doivent rester sur leurs gardes. Il est un peu dragueur…

    - Il va se faire voir : je me pacse à la fin juin.
    - Qu’est-ce que vous prenez ?
    - Un Coca light. Je fais attention à mon poids
    - Je vous félicite. La vie est plus agréable à deux. Moi
    qui suis solitaire, j’envie votre bonheur futur.
    - Le boulot, c’est quand même beaucoup de pression. Ça me bouffe tous mes loisirs !
    - Si j’étais votre chef de service, je veillerai à ce qu’il en soit autrement. J’aurais plaisir à vous être agréable.
    - Regardez, mes cheveux, j’ai même plus le temps d’aller chez le coiffeur !
    - En effet, quel dommage ! une si belle chevelure…
    - Et mes mains ! Un mois sans manucure !
    - Pourtant, comme on aimerait soigner de si jolies
    menottes. Nicolas est gentil mais bien incapable de
    prendre en compte de telles demandes !

    - Et puis côté boulot, il est difficile à contenter ;
    - Je connais sa devise : « travailler plus pour
    gagner moins » Accepteriez-vous de changer de services ?
    - ….
    - J’aimerais tant besogner au-dessus de vous…

     

    Claude Aury / Lucas Hermse

     


     
         
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  •  Boin temps por un interremeint

      Is sont vnus, is sont mie tertous per ichi ! Ale a bin fini per ête au rados el man-man, vu s' n'âge ! Il n'y o pu granmint ed mon.ne achteure à z'interremeints ! Chès viux, tertous partis itou. J'n'sais mie à d'où pache que j'n'y voès rin : ni ch'boin Diu, ni ch'Diawl, ni ch' Paradis ! Chés éfants in breimeints aveuc leus lédgimpettes tien-nent't leus galoubis à leus piys, in silinche. Coère bin héreux qui leu n'vienche point l'idèye d'écmainder por mi un.ne "boète à définctés" per ch' l'arnitoèle, conme ch'est l'mode achteure, aveuc plaque pis couron.ne. J' r' san.ne à un.ne metchène aveuc min rouche robillon à frous-frous. Mes frongnes a s'sont involèes ! Ej sus à sin goût ach grand feutcheu ! Ch'est chés courts jors. Ech vint, d'un.ne incroèyabe doucheur dreche chés gveux ed chés vivants invers ch'firmamint. Is cantent't un.ne canchon d'Aznavour in r'natchant un mollet dins leu blanc moutchoèr. El tchiote Jean.ne, ale san.ne fin bénèse avec sin neu mintieu pis ses noèrtes coeuchures milantes. Ale est bin fière- tchul ed laincher padsus min lusé un.ne poégnie ed tére pis el preume margrite dech courtil. Chés miaules ales dinchent't padsus chés tiètes, pis mi, ej m'invole aveuc por un.ne virvourande ed luron.nache.


    Yolande Dheilly

     


     
         
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    N°02 – Janvier 2012

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  •  Beau temps pour un enterrement

      Ils sont venus, ils ne sont pas tous là ! Elle est morte la mama ! Le monde se raréfie aux enterrements !

    Les vieux : tous partis je ne sais où d'ailleurs car je n'y vois rien, ni Dieu, ni Diable, ni Paradis ! Les enfants éplorés, en habit de circonstance, maintiennent leur progéniture à distance, en silence. Encore heureux qu'ils n'aient pas eu l'idée de me commander une "boîte à macchabée" par internet comme c'est la mode aujourd'hui avec plaque et couronne ! J'ai l'air d'une jeune fille dans ma robe rouge à dentelles. Les rides se sont effacées. La mort me va si bien ! C'est le printemps. Un vent caressant soulève les cheveux des vivants au firmament ! Ils chantent un air d'Aznavour en reniflant de temps à autre dans un mouchoir blanc. La petite Jeanne semble ravie avec son manteau neuf et ses chaussures vernies. Elle a l'honneur de jeter sur mon cercueil la poignée de terre symbolique et la première marguerite du jardin. Les mouettes rieuses dansent au dessus des têtes et je m'envole avec elles pour un mystérieux voyage.


    Yolande Dheilly

     


     
         
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