• Kâmä Sûtra du pêcheur

    Kâmä Sûtra du pêcheur 

    (texte érotique)
     

      La pêche évoque pour certains la lutte difficile de Santiago dans « le vieil homme et la mer » ; plus souvent le plaisir solitaire du gamin taquinant le goujon, la tanche, le gardon, l’épinoche ou de l’adulte parfois bedonnant assis sur un pliant, surveillant une ou deux lignes dans un endroit calme et frais à proximité d’un cassecroûte, d’une bouteille de vin et souvent d’une personne du sexe opposé. Aujourd’hui, comme l’amour, la pêche est une passion, mais les différences sont importantes. Contrairement à l’amour qui ne nécessite aucun matériel particulier, pour pratiquer la pêche il faut disposer de plusieurs gaules flexibles parfois appelées « scion », pouvant atteindre plusieurs mètres et un amoncellement d’hameçons, de fils, de moulinets, d’étuis, d’appâts, de toutes sortes, aux noms imprononçables qui imposent de disposer d’une voiture avec un coffre conséquent. L’amorce se fait en général la veille au soir, pas seulement chez les personnes âgées. Ce sport se pratique uniquement au bord ou au milieu de l’eau et les positions varient peu. Celle avec qui on espère une touche est invariablement dans l’eau : elle se cache près du bord, se glisse entre les pierres d’un haut-fond ou se déplace parmi d’autres à la recherche de nourriture. En général, l’homme qui serre d’une main ferme le fouet, se tient debout sur la berge ou assis dans une barque ou sur un panier-siège. Il guette. Quand il entre en action, 7 il est d’autant plus proche de l’extase que sa proie gobe souvent ; il la leurre. Si celle-ci s’accroche, il la fatigue et la tire près de lui pour lui enfoncer dans la gorge son instrument qu’il nomme « ciseaux-dégorgeoir » et la relâche. Quels que soient son âge, son état de fatigue, il recommence immédiatement avec une autre proie et n’arrête qu’à la tombée de la nuit, toujours selon le même rite. Il est vrai que le premier « Kâmasûtra du pêcheur » a paru quinze siècles après les premiers conseils de Vatsyayana, ce philosophe brahmane qui décrivit quelques suggestions intéressantes que des générations d’amoureux curieux ont pratiquées au fond des alcôves, sur l’herbe tendre d’un pré, dans le foin, sur la plage ou plus récemment sur la banquette arrière d’une voiture. Peut-être quelque fou de pêche expérimentera au bord du lit de la rivière la position du bateau ivre ou le vol des mouettes, voire le lotus renversé pour rester dans des domaines qui ont à voir avec le milieu aquatique. …

     

    Claude Aury

     


     
         
          La voix d’un lieu 
    Revue de l’atelier d’écriture de « Voisinlieu pour tous »
    http://www.voisinlieupourtous.net
    N°03 – Avril  2012
    « Fokker Dr1Bulletin Météo du 22 juin 2012 »

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