• Rose et le clair obscur

    Rose et le clair obscur
    (Conte fantastique)

      Rose quitte la ville de Beauvais au guidon de son cycle Peugeot, demi-course, double-plateau, de couleur rouge et flambant neuf. Ce vélo, elle le tient de sa mère qui vient de mourir : son héritage. Rose est âgée de vingt et un an, elle profite de ce samedi de mai pour pédaler gaiement vers la forêt de Savignies. Elle est encore dans l’agglomération beauvaisienne en direction d’un rond-point. Elle tourne à droite se retrouvant dans une allée complètement inconnue. Bizarre ! Elle découvre aussi un manoir et un parc. Encore plus fou, elle se retrouve nez à nez avec une famille de chevreuils et leurs faons. Elle s’assoit dans l’herbe, profite du beau temps, du ciel sans nuages, de l’odeur de l’herbe fraîche, de la vue des pâquerettes et des trèfles. Elle se lève, marche un peu et tend l’oreille. Elle entend, au loin le ronflement du moteur d’une voiture qui s’approche et le ciel devient noir. Ce sont les ténèbres. La peur s’ensuit. Les phares de la voiture se dirigent vers elle. Rose a le souffle court, elle sue, elle crie. Ouf, le moteur ralentit, la portière de la voiture s’ouvre. Elle rentre dans la berline sur l’invitation de Dany, le conducteur d’une trentaine d’années tout surpris de voir une demoiselle aussi tremblante. Rose claque des dents et sa respiration est sibilante. Elle provoque la compassion de Dany qui lui offre, lui dit-il, une entrée au parc d’attractions à quelques kilomètres de Beauvais. Stupéfaction pour Rose. Où estelle ? Après être passés au guichet, l’employée de la billetterie leur remet des jumelles infrarouges pour voir les animaux la nuit. Le jour est parti d’un seul coup et n’est pas revenu. Pourquoi ? Est-ce dû au défilé de voitures qui font la queue pour l’entrée ? Une vraie histoire de fou. Rose et Dany évoluent dans un safari photo, observant la faune locale. Le spectacle est beau : encore des faons, des chevrettes mais trop de voitures. D’un commun accord, ils garent la leur et font un bout de chemin à pied. Chacun pour soi et tout seul. Une heure plus tard, Dany monte un escalier et entre dans un cimetière, il se dirige vers une tombe, s’allonge dessus et parle avec le locataire perpétuel des lieux. A ce moment, Rose le rejoint et entend ce soliloque : - je suis heureux que tu m’aies transmis ta recette de gâteau battu. - oui, l’hiver, je porte toujours l’écharpe que tu m’as faite. - chaque fois que je me rapproche d’une femme parfumée à la lavande, je pense à toi. Avec qui Dany parle-t-il. Discute-t-il avec une revenante. L’évocation de fragrance me rappelle quelqu’un mais de qui s’agit-t-il? Sur ces entrefaites, Rose rejoint la tombe. Elle entend le bruissement des arbres et des insectes, elle sent l’odeur de l’humus, elle perçoit les ténèbres omniprésentes. Elle veut parler avec Dany. Mais elle n’y arrive pas. Elle s’endort à moitié consciente. Rose sent l’odeur d’alcool à 90 degrés, entend le bruit métallique d’un chariot. Elle perçoit une luminosité aveuglante et une voix masculine inconnue lui dire. - Mademoiselle, réveillezvous, vous êtes hors de danger, vous avez été opéré d’une fracture du tibia. Vous êtes saine et sauve. Rose respire dans ce lit blanc de la clinique. Elle pense à sa mère, le savoir faire qu’elle lui a transmis : bien tricoter et cuisiner le gâteau battu. …

     

    Chantal Priolet

     


     
         
          La voix d’un lieu 
    Revue de l’atelier d’écriture de « Voisinlieu pour tous »
    http://www.voisinlieupourtous.net
    N°03 – Avril  2012
    « Le meilleur des carnets de Jules HostouleyFETE LOCALE 30 JUIN 1ER ET 2 JUILLET 2012 »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :